15 mars 2003

Irak : le bal des hypocrytes

Tout a été dit ou presque sur l’Irak. Le débat onusien se radicalisant, on nous presse de choisir un camp, de dire s’il on est favorable à une intervention militaire, ou si l’on s’oppose a tout prix à une nouvelle guerre du golfe. Les medias se déchaînent de part et d’autre de l’Atlantique, avec leur manque de finesse et leurs simplifications habituelles. Il est difficile de trancher sans avoir l’impression d’être manipulé et de tomber dans le panneau des uns ou des autres.

Pour ceux qui ont encore le moindre doute, l'Amérique va envahir l'Irak. Ses détracteurs prêtent à Bush des motivations diverses, comme de vouloir mettre la main sur le pétrole irakien ou encore d’avoir juré « finir le travail commencé par Papa » et d’entendre relancer l’industrie américaine de l’armement, qui aurait besoin de nouvelles commandes après les bombardements massifs de l’an dernier sur l’Afghanistan. Tout ceci est sans doute vrai, si l'on prête foi aux informations liant la famille Bush a certaines sociétés influentes au sein du système militaro-industriel américain.

Quoi qu'il en soit, la raison officielle est la sécurité des Etats-Unis. Apres le 11 septembre, il semble que les Américains aient pris la mesure du rôle primordial que joue l'Arabie Saoudite dans le financement du terrorisme islamiste mondiale ainsi que dans le recrutement et la formation des kamikazes islamistes. Le fait que l'essentiel de leurs approvisionnements en pétrole provienne de ce pays ne permet pas aux américains de peser efficacement sur le régime saoudien. Une fois le pétrole irakien sous contrôle US, Washington sera en mesure de changer de politique vis-à-vis de Ryad.

L'Irak représente en soi un risque relativement mineur en terme de sécurité (moindre en tout cas que la Corée du Nord, l'Afghanistan, voire le Pakistan), même si la possibilité existe que Saddam fourgue ses armes biologiques ou bactériologiques a un fou d’Allah manipulé par Ben Laden. Malgré les déclarations de M. de Villepin, il est de notoriété publique que Saddam finance et soutient de nombreux mouvements terroristes islamistes, dont le Hamas palestinien.

En débarrassant les autres dirigeants arabes de Saddam Hussein, un voisin ambitieux et brutal, les américains espèrent augmenter leur influence dans cette région du monde. Ils espèrent peser sur une résolution négociée du conflit palestino-israélien. Ils pensent qu’un déploiement massif de forces obligera les autres dictateurs de la région à adopter un profil plus « démocratique ».

Bush entrera donc a Bagdad. J'espère qu'il ne le fera sans avoir reçu l’assentiment des Nations Unies mais la probabilité diminue de jour en jour. Il y a encore quelques jours, je prédisais une « Gulf War II, le retour » entre Avril et Mai, une fois que les membres du conseil de sécurité, France en tête, auront fini de négocier avec Washington leurs rôles respectifs dans l’Irak « libérée ». Officiellement, le conseil de sécurité en arrivera à la conclusion, après cinq a six mois d’efforts répétés de MM Blix et El Baradei, que Saddam n’a pas détruit ses armes de destruction massive. Tout le monde sait très bien qu’il n’a jamais eu l’intention de le faire, bien entendu.

Pour éviter l’invasion, Saddam a le choix entre l’exil volontaire et la publication des preuves qu’il a détruit les armes de destruction massive qui étaient encore en sa possession il y a 5 ans. Il ne choisira pas la transparence, car il n’a très pas détruit ces armes. Avouer serait perdre la face. S’il choisit l’exil, les troupes qui entreront dans Bagdad porteront peut être des casques bleus, fraîchement ajoutés au paquetage des soldats américains, britanniques et… français !

L’argument a été servi de part et d’autre que le contrôle du pétrole irakien est le vrai enjeu et le vrai motif de désaccord entre les Etats-Unis et la France. Nous avons déjà évoqué le rôle du pétrole dans les motivations américaines. Quid des motivations françaises ?

Depuis la première guerre du golfe, la France serait devenue l’un des principaux fournisseurs de l’Irak, représentant 20% de ses importations limitées par les sanctions économiques. De plus, la rumeur circule qu’Elf-Total-Fina a négocié un nouvel accord exceptionnel avec le dictateur de Bagdad. Que les efforts diplomatiques français pour ralentir l’impétuosité américaine soient influencés par de telles considérations ne serait pas surprenant : ce ne serait pas la première fois qu’intérêts politiques et économiques s’entremêlent dans la définition des objectifs de la diplomatie française, en particulier au Moyen-Orient (Liban, vous avez dit Liban ?).

Ce que je trouve troublant dans ce jeu d’hypocrites, c’est que la France, arguant de raisons humanitaires, soutient de fait le maintien d’une dictature et de sanctions économiques qui ont fait plus de dégâts dans ce pays que la guerre de quelques semaines menée il y a 12 ans ou que celle que les américains semblent impatients de lancer. Très à l’aise dans son rôle de pourfendeur des tyrannies en tous genres et de défenseur universel des Droits de l’Homme, la France a quand même une fâcheuse tendance à favoriser la stabilité aux dépens de la « justice » dans les affaires internationales. Combien de dictateurs du continent africain furent et sont les amis personnels de Mr Chirac, après avoir été ceux de MM Mitterrand et Giscard ?

Cela dit, la France tient son rôle depuis quelques mois en tempérant à l'ONU les impatiences américaines. Il faut cependant qu'elle le fasse de manière intelligente et pour les bonnes raisons.

S’opposer au projet des américains en Irak sous prétexte qu’ils sont nos concurrents économiques (en Irak ou d’une manière générale) n’est pas à mon sens une bonne raison. Vouloir redorer le blason de la France en devenant le symbole de la résistance systématique et quelque peu vaine à l’hégémonie américaine me semble un mauvais calcul. Mieux vaudrait convaincre par l’action, en redevenant rapidement une puissance économique et militaire de premier rang. Vu d’ici, la position française a quelque chose de pathétiquement irréaliste, de totalement utopique.

Il me semble que la seule bonne façon de s’opposer aux projets américains est de le faire en lien étroit avec eux, en vue du désarmement de l’Irak. C’est l’idée du « good cop, bad cop », comme dans les films policiers. Malheureusement, on a du mal à voir dans le débat récent entre les Etats-Unis et la « veille Europe » le travail de quelques excellents acteurs et la puissance d’une bonne mise en scène. Les coups vols trop bas depuis Janvier.

Tout le monde sait que les discussions importantes n’ont pas lieu en séance publique du conseil de sécurité, devant les cameras de télévision. Espérons que Chirac et Villepin sauront convaincre Bush et Powell que, loin de tout anti-américanisme primaire, la France agit pour le bien de la cause commune, c'est-à-dire en vue :

1. d'obtenir que l'Irak soit effectivement désarmée, le peuple irakien libéré de la dictature de Saddam (et du diktat économique imposé par la France et les US via l’ONU),
2. d’empêcher le terrorisme islamiste international de nuire à nos intérêts, en combattant activement les états/nations qui le supportent,
3. de protéger le monde contre les menaces qui découleraient immanquablement de la mise en application de la doctrine de la « guerre préventive », surtout si celle-ci est déclarée en dehors du droit international, aussi imparfait soit il.

Faire entendre raison aux américains sur ce dernier point sera clairement un pari difficile. Car il y a un fossé culturel grandissant entre les Etats-Unis et l’Europe.

J’admire quotidiennement le pragmatisme et le réalisme des américains, leur capacité a analyser une situation (y compris un échec passé), a définir une stratégie, a prendre les décisions qui en découlent et a les appliquer sans retard et sans arrière-pensée. Dommage que ces qualités s’accompagnent d’un manque total de finesse et de « psychologie géopolitique » : peu nombreux sont les responsables américains qui se soucient de l’impact de la politique US sur les peuples étrangers, que ce soit concrètement ou en terme culturels.

Aux yeux des américains, le déficit d’efficacité et l’impuissance chronique dont nous souffrons en Europe disqualifient totalement les leçons de sagesse que nous voulons leur donner (y compris quand ils n’ont rien demandé). Cette différence « culturelle » est d’ailleurs l’un des arguments les plus férocement justes qu’ils utilisent dans le débat actuel : l’Amérique agit, les Nations Unis, la France et la veille Europe parlent et s'écoutent parler.

Il y a peu d'espoir que Bush change d'avis, même si l'opposition a la guerre en Irak et à l'actuelle politique extérieure américaine semble grandir aux Etats-Unis. Il me semble que l'argument primordial sur lequel il faudrait miser est celui de la responsabilité morale qu'ont les Etats-Unis envers le reste du monde. S’ils appliquent leur doctrine de « frappes préventives », les US risquent de créer un monstre qui se retournera à la première occasion contre les Etats-Unis et leurs alliés, comme le montre d'ailleurs l’exemple récent de la Corée du Nord.

Le salut pourrait-il venir de l’Angleterre ? Il faudrait réussir a convaincre Tony Blair de revenir sur sa position. Non pas par la menace de mesures de rétorsion, comme celles proférées par Chirac contre les candidats a l'Union (quel scandale et quelle honte !). Espérons que la pression de la rue et celle qu'il subit au sein de son propre parti politique incitera Tony à prendre du recul. Il faudrait que les anglais réalisent que dans son principe même, la guerre préventive n’est pas moralement justifiable. Avec l’invasion du Koweit en 1991, l’intervention armée s’imposait clairement. En 2003, les choses sont loin d'être si simples.

La première question est de savoir si déposer Saddam Hussein est un objectif moralement acceptable. Il me semble que la réponse est positive, dans la mesure où il (Saddam) s’oppose depuis de nombreuses années à de multiples décisions dûment entérinées par le seul corps constitué qui ait un tant soit peu de légitimité dans ce domaine, les Nations Unies. Il n'est pas le seul dans ce cas mais il pousse carrément le bouchon.

La deuxième question est celle des moyens à utiliser. Il me semble qu'un tapis de bombes et 300,000 soldats sont une réponse disproportionnée par rapport aux risques encourus. N’est-il pas possible d’atteindre le même objectif sans envahir et prendre le contrôle du pays ? J’ai du mal à croire que la CIA, avec les moyens dont elle dispose, ne soit pas en mesure de « libérer » le peuple irakien du tyran et d’installer un régime plus « amical », voire démocratique, si c’est vraiment l’objectif des américains. Quelques "assassins" ou escouades de leurs forces spéciales devraient suffire. Et peu importe s'il faut au passage sacrifier quelques « doubles » du dictateur.

Je souhaite que la France continue à tenir tête aux US sur les principes moraux et légaux, mais sans animosité excessive et en sachant, le moment venu, choisir le bon camp, celui du réalisme face aux dangers qui nous guettent. Au lieu de brandir la menace du veto, j’aimerais savoir ce que font Chirac et Villepin pour aider les amerloques à sortir de leur logique de guerre préventive.

Le courage dont fait preuve la France dans son opposition actuelle aux projets américains sur l'Irak ne doit pas occulter les vrais problèmes et la nécessite d'agir courageusement pour défendre notre pays des dangers qui le menace. Au lieu de nier le conflit d'intérêt fondamental qui existe entre l'occident chrétien et les pays sous-développés sous influence islamiste (voir la dépêche de Reuters), le bon sens consisterait a prendre des mesures immédiates pour stopper l’immigration en vue du long terme, pour « assimiler » les immigres légaux et rétablir la sécurité dans nos banlieues, ou les fidèles de Ben Laden préparent sans doute le prochain 11 septembre. Assez de paroles courageuses, passons aux actes Monsieur le Président !

Enfin, ne nous trompons pas d'adversaires. Certes, les Américains sont nos pires concurrents sur le plan économique. Certes, ils tentent d’empêcher la construction d’une Europe unie, puissante et efficace. Mais nous sommes clairement dans le même camp sur le plan de la sécurité internationale, aujourd’hui comme hier. Les Anglais, pragmatiques, l'ont compris. Il ne faudrait pas que les Français, aveuglés par un certain idéalisme angélique teinté d'anti-américanisme s'enferment dans une opposition systématique et stérile qui disqualifie encore plus notre pays dans le concert économique et politique mondial.

Stéphane

29 avril 2002

La démocratie est-elle en danger ?

Je ne sais pas vous, mais j’ai exulté de joie le 21 Avril en apprenant, avant de me rendre au consulat pour voter, que Jospin ne serait pas au second tour. Enfin une bonne nouvelle en provenance de France, après une campagne inintéressante au point d’en être déprimante. Quelle claque pour le professeur Jospin et sa clique ! Quelle déroute pour Chevènement, baudruche artificielle créée par les grands manipulateurs de l’opinion publique que sont les medias et leurs très soumis organismes de sondage. Et quelle fin de non recevoir pour le Parti Communiste, qui atteint le score qui aurait du être le sien depuis la chute de l’URSS, voire depuis celle de Prague (que ces gens-la osent encore s’appeler communistes me dépasse…). Bref, les Français ont voté massivement a droite (56%) au premier tour, renvoyant à leur idéologie dépassée les champions de la pensée unique, les gourous de la « modernité » et du « progrès » collectiviste. Bon débarras, et qu’ils nous lâchent la grappe une bonne fois pour toute, si vous me permettez l’expression !

Notons que ce n’est pas la première fois que la France rejette le socialisme. En 1993 et 1995 déjà, le message était très clair. Leur retour en grâce en 1997 ne fut que la conséquence de l’exaspération d’une partie des électeurs de Chirac, qui ne s’imaginaient pas qu’il ferait le contraire de la politique pour laquelle il avait été élu. La gauche serait sans doute revenue au pouvoir en 1998, pour les mêmes raisons, si le Président stratège n’avait pas « devancé l’appel »… Au lieu de 4, la France aura donc pris 5 années de retard supplémentaires, merci Monsieur Chirac ! Quoi qu’il en soit, je fus agréablement surpris Dimanche dernier, de voir que la majorité des Français ont de la suite dans les idées, sur le long terme…

Deux candidats de droite au second tour, c’était vraiment inespéré. Pour Chirac en particulier : ma première réaction fut de penser que sa réélection face à Le Pen ne faisait aucun doute, vu le manque de crédibilité de ce dernier, sans parler de son image sulfureuse. Ce Dimanche 21 Avril, avant de prendre connaissance du pronostic des sondeurs, je prédisais un 40-60 en faveur du Président sortant : autant dire, une formalité… Et je me disais que nous pourrions peut être assister à un second tour constructif, pour une fois. En effet, les deux hommes faisant quasiment le même diagnostic et proposant des solutions proches dans le domaine de l’insécurité, de l’économie et de la politique familiale, je me disais que la question primordiale de la construction européenne serait enfin débattue. Je me disais que Chirac réélu serait obligé de prendre en compte le vote anti-Masstricht, qui a quand même atteint près de 25% au premier tour. Je me disais que Chirac saurait lire le message fort envoyé par les électeurs de droite, et qu’en infléchissant légèrement son discours il serait en mesure de couper pour longtemps l’herbe sous les pieds du Front National. Je me disais que Jacques appellerait Jean-Marie au soir du 1er tour, pour lui proposer de mener une campagne du 2eme tour sans agressions en dessous de la ceinture (un match truqué en quelques sortes, pour éviter les coups qui font trop mal…), visant à assurer la victoire de la droite aux législatives, vrai second tour de l’élection présidentielle. Je me disais qu’il sauterait sur l’occasion de mener une recomposition radicale du paysage politique français, assurant 20 ans de suprématie à son camp, la droite, comme Mitterrand le fit en son temps pour la gauche.

Je me disais beaucoup de choses comme vous pouvez le constater… Mais en pensant à tout cela, je savais bien que le Président-candidat s’entêterait très probablement dans son attitude de « rejet » du Front National, attitude dont les raisons m’ont toujours échappé. Je n’ai jamais compris que, depuis 20 ans ou plus, les leaders de la droite tombent aussi facilement dans le piège tendu par la gauche moralisatrice. Manque de caractère, absence de sens stratégique et perte progressive de l’attachement aux valeurs traditionnelles de la droite en sont probablement la cause. En diabolisant Le Pen à la suite des bien-pensants socialo-communistes, les partis de droite traditionnels ont tout simplement capitulé devant l’ennemi. Quelle ironie que ce soit au prétexte de sauver leur âme qu’ils aient, de fait, perdue toute notion de ce qui fait sa spécificité. Tenir pour quantité négligeable, voire mépriser 15% a 20% d’un électorat qui aurait pu voter RPR, DL ou UDF relève à mon sens de l’erreur stratégique grossière. En choisissant comme porte-parole Roselyne Bachelot, grande « supporter » du PACS et de l’adoption homosexuelle, Chirac a pris le risque de se mettre a dos une part non négligeable de l’électorat traditionnel de droite. Mais au fait, ce pourrait-il que Chirac ne soit pas de droite ?

On pourrait s’y méprendre à voir avec quelle rapidité et quel brio il a embrassé le thème de la « défense de la démocratie face à l’extrémisme », montant sur les grands chevaux de la tolérance, du refus du racisme et du fascisme, encourageant les manifestations « spontanées » organisées de mains de maîtres par le PS et les syndicats révolutionnaires. Sans aucun doute conscients d’avoir laissé à d’autres le soin de moissonner dans leurs propres champs, tous les portes parole de la droite accueillaient la victoire du 1er tour avec un air sombre, au lieu de se réjouir ouvertement de la défaite de leurs ennemis. Oubliées du jour au lendemain les critiques contre l’ennemi « républicain » tombé au champ d’honneur du 1er tour. L’objectif, clairement, est de plaire au peuple de gauche. Depuis une semaine, on a presque envie de donner une rose et un feutre noir a l’ancien Président du RPR.

Je ne comprends pas cette stratégie. Chirac était sur d’être élu le 5 Mai. Gauchir son discours, diaboliser Le Pen, forcer la main de l’opinion, notamment en présentant les électeurs ayant voté pour lui comme des mauvais citoyens, voire des simples d’esprit (j’exagère a peine), le conduisent directement dans le mur : si ce n’est a l’occasion du second tour, ce sera aux législatives.

Le Pen peut faire beaucoup plus que de la figuration le 5 Mai. Outre le fait qu’il pose les bonnes questions et « dis tout haut ce que la plupart pensent tout bas » depuis plus de 20 ans, les Français en ont marre qu’on les prenne pour des imbéciles, qu’ils soient de droite, de gauche, ou entre les deux. Parce que matraqué trop fort, le discours unique et sans nuance « Le Pen = fasciste » passe mal. En communication, le contenu du message compte autant que la crédibilité de l’émetteur. La connivence soudaine entre Chirac et la gauche bien-pensante ne peut que déconcerter les électeurs de droite, et les inviter à prendre du recul. Le refus de débattre avec le candidat du second tour, issu on ne peut plus légalement des urnes, donne le sentiment que le Président méprise un électeur sur cinq et en dit long sur son peu de respect pour le principe démocratique lui-même. S’ajoute a cela le fait qu’une grande partie de l’électorat a des doutes sérieux sur l’honnêteté de l’homme. Malgré les appels unanimes au vote anti-Le Pen, qui peut dire si le « peuple de gauche » se résoudra à voter pour l’ennemi juré d’hier, qu’il regarde comme l’escroc de la Mairie de Paris et des HLM des Hauts de Seine ? Combien d’entre eux, ne pouvant se résoudre a voter Super Menteur, voteront blanc ou nul ?

Admettons que Chirac soit réélu le 5 Mai, grâce notamment aux votes des Français de gauche. La tentation sera grande pour nos concitoyens mobilisés « contre le fascisme » mais écœurés d’avoir accordé 5 années d’immunité présidentielle supplémentaires à Jacques Chirac, de compenser aux législatives par un vote massif en faveur du Parti Socialiste, des Verts, du MDC ou des partis d’extrême gauche. Nous revoilà repartis pour plusieurs années de cohabitation. Autant dire, une catastrophe. L’immobilisme total institué en système politique à long terme, en attendant que les fonctionnaires européens prennent les choses totalement en main. Ce serait l’abandon de tout projet de retour en France en ce qui me concerne…

Alors, que faire ? Pour ma part, je ne vais pas voter Le Pen. Je ne crois pas qu’il soit crédible comme chef d’état. Je sais peu de choses du Front National, mais je doute que nous ayons affaire à un parti de gouvernement. Il y a de bonnes choses dans leur programme qu’on ne trouve pas dans celui de Chirac : le recours au referendum pour valider les grands projets de réforme, le contrôle de l’immigration, la dénonciation des accords de Schengen et de Maastricht, la résurrection du Franc pour revenir a une monnaie européenne commune, mais pas unique, etc. Il y en a d’autres carrément moins bonnes, comme la création de camps pour les immigrés en situation irrégulière, la préférence nationale, le rétablissement de la peine de mort, le protectionnisme, etc. Ce programme contradictoire ne semble pas tenir la route financièrement et sera sans doute impossible à mettre en œuvre de toute façon. Enfin, sans m’abandonner au délire collectif de ces derniers jours, je suis peu enclin à donner ma voix à un parti qui s’est formé, dans les années 70, a partir d’une mouvance d’extrême droite pure et dure.

Je vais donc voter Chirac Dimanche prochain. Sans conviction mais avec l’espoir que le Président de la République saura mieux s’entourer et aura la sagesse de tirer les enseignements de son septennat raté et de cette élection bizarre. En croisant les doigts pour qu’il ne saborde pas le navire une nouvelle fois et qu’il ne ressorte pas le Juppé de son placard bordelais. En espérant qu’il aura la bonne idée de faire appel, pour reformer la France rapidement et en profondeur, à un représentant de la société civile ayant les pieds sur terre et de réels talents de leader, comme Christian Blanc (mais il y en a d’autres).

Pour finir, je voudrais répondre à la question provocatrice posée en titre : je crois en effet que la démocratie est en danger. Non pas parce que 20% des électeurs ont voté pour ce qu’il est convenu d’appeler l’extrême droite. Mais parce que certains, qui ne partagent pas les mêmes idées, contestent la légitimité de ce vote et utilisent des moyens de pression anti-démocratiques pour imposer leurs vues. Parce que les medias français matraquent les mantras de la pensée unique et pratiquent un terrorisme intellectuel digne des pires régimes totalitaires. Parce que plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont annoncé sans sourciller grève générale et « troisième tour social » au cas ou la balance ne pencheraient pas en leur faveur.

La démocratie est en danger donc. A nous de la défendre en votant le 5 Mai et au mois de Juin, pour ceux qui ont un député a élire, ce qui n’est pas le cas des Français résidant a l’étranger. En ce qui me concerne, je vais réfléchir aux moyens de participer a l’émergence d’une nouvelle représentation politique, fondée sur des valeurs claires : honnêteté, liberté d’initiative, sens du service, responsabilité, respect de la personne humaine, cohésion de la nation.

24 mars 2002

Questions aux candidats à l’élection présidentielle (2002)

Voici les questions que j'entends poser aux différents candidats. Je me suis volontairement limité à 15 questions, ce qui n’est pas été facile. Les thèmes abordés devraient nous permettre de mieux cerner le projet et le système de valeurs de chaque candidat. J’ai choisi de ne pas formuler les questions de manière neutre, afin de provoquer des réponses les plus claires possibles. Je me baserai sur les réponses des candidats qui joueront le jeu pour me déterminer, et vous ferai bien entendu part des résultats. Cela risque d’être intéressant... Je compte envoyer mon questionnaire début Avril. Si vous avez des suggestions, vous savez ou me joindre.

Société et éducation
  1. Pour permettre aux parents, et notamment aux mères, de choisir entre activité professionnelle et éducation de leurs enfants, et afin d’inverser le déclin démographique de notre pays, mettrez-vous en place le salaire parental et autres mesures favorisant les couples qui s’engagent dans la durée (mariage) et contribuent au renouvellement des générations ?
  2. Afin de limiter le nombre d’avortements (220,000 par an), vous engagez-vous à mettre en oeuvre par décret les mesures de soutien aux femmes en difficultés prévues par la loi Veil, mais jamais mises en place par les gouvernements successifs depuis 1978 ?
  3. Bien que la présence et l’exemple d’un père et d’une mère soient essentiels au développement harmonieux de l’enfant, ferez-vous légaliser l’adoption par les couples homosexuels ?
  4. Afin de limiter le risque de « chosification » de l’embryon humain et d’éviter les pratiques conduisant au sacrifice d’êtres en devenir, agirez-vous pour donner un statut légal à l’embryon et orienter les efforts français et européens vers les alternatives telles que la recherche sur les cellules souches d’adultes ?
  5. Etes-vous favorable à la légalisation de l’euthanasie ?
  6. Agirez-vous pour bannir définitivement du répertoire pédagogique de l’Education Nationale les méthodes globales et semi-globales d’apprentissage de la lecture, qui ont conduit à l’analphabétisme et à l’échec scolaire tant de jeunes Français ? *

Sécurité et immigration

  1. Pour permettre à nos armées d’assurer pleinement leurs missions dans un monde plus dangereux que jamais, vous engagez-vous à augmenter les budgets d’équipement des armées et à maintenir le budget de la Défense entre 3% et 5% du PIB de la France au cours des 5 ans à venir ?
  2. Pour assurer la sécurité intérieure de la France, vous engagez-vous à rétablir le contrôle aux frontières nationales et à renforcer la coopération avec les pays membres de l’Union Européenne pour que l’Europe cesse d’être un havre pour les réseaux terroristes islamistes ?
  3. Pour contrôler les flux migratoires et maintenir la cohésion de la nation, vous engagez-vous à mettre en place une politique de quotas par pays, à faire de la maîtrise de notre langue une des conditions d’accès à la nationalité française et à instituer le principe d’une démarche volontaire et solennelle pour les candidats à la naturalisation ?

Vie politique et construction européenne

  1. Pour réconcilier les Français avec leurs représentants, limiter les risques de corruption et assurer une meilleure représentation de la société civile au Parlement, vous engagez-vous à mettre en place un statut de l’élu, garantissant des revenus décents et facilitant le retour à l’emploi civil à l’issu d’un mandat public ?
  2. Pour assurer à l’Europe un avenir démocratique, soustraire les nations européennes au dictat de la bureaucratie bruxelloise et rendre les peuples européens acteurs de la construction européenne, vous engagez-vous à établir comme priorité de votre politique étrangère la négociation d’un nouveau traité, donnant le pouvoir de décision aux élus nationaux et européens et ramenant la Commission à un rôle de coordination ?
Economie
  1. Pour garantir aux générations futures une retraite décente, vous engagez-vous à instaurer un système complémentaire basé sur l’épargne volontaire, la capitalisation et l’actionnariat ?
  2. Pour rendre son attractivité économique à la France, relancer la croissance et l’emploi par la création d’entreprises nouvelles, vous engagez-vous à ramener le poids de la fiscalité (impôts, taxes et charges) à un niveau comparable à ce qu’elle est dans les pays les plus dynamiques de la Communauté Européenne, comme l’Angleterre et l’Irlande?
  3. Pour permettre à la France de conserver, voire de reconquérir, son indépendance dans le concert des nations, et afin que l’essentiel de nos impôts ne soit plus gaspillé à rembourser la charge de la dette publique, vous engagez-vous à ramener la dite dette de 58% ou plus du PIB aujourd’hui à 35% en 2007 et 20% en 2012?
  4. Pour dynamiser la société française, au-delà de son économie, et lutter contre le fléau culturel de l’assistanat et de la dépendance étatique, vous engagez-vous à rationaliser l’organisation de l’Etat Français, en le recentrant sur ses missions régaliennes, et à ramener le nombre de fonctionnaires de 25% de la population active aujourd’hui à 15% en 2007 et 10% en 2012 ?

10 mars 2002

Chirac : droit dans le mur !

Il n’y aura donc pas de troisième homme capable de ratisser large à droite. Christian Blanc fait campagne sans être candidat. On se demande bien pourquoi. Sans doute en vue de justifier sa future nomination au poste de Premier Ministre. Son ami Jospin pourrait décider de faire appel à lui, même s’il est probable qu’il voudra confier cette responsabilité à un des ténors du PS. DSK serait un moindre mal. Martine Aubry une catastrophe. Cela dépendra largement du résultat des législatives. En cas de victoire de la droite, une personnalité « apolitique » comme Blanc pourrait lui permettre d’éviter une cohabitation trop partisane.

Je suis de plus en plus convaincu que Jospin va gagner en Mai prochain. Non pas que les Français lui trouvent soudain un charme dont il manque désespérément. Non pas que le bilan de ses 5 années de gouvernement soit de nature à générer l’enthousiasme. Mais parce que Chirac et ses copains font tout pour lui offrir la victoire.

Le Président-candidat ne regrette donc rien : ni la politique menée par Juppé de 1995 à 1997, ni la dissolution ratée, ni les mensonges et les magouilles de l’époque ou il était maire de Paris et président du RPR. Il nous fait le coup de la passion pour justifier sa candidature (« j’aime la France, j’aime les Français »). Il se présente en homme intègre, blessé dans son honneur par des attaques indignes, et en gardien scrupuleux des intérêts de la France, qui s’est opposé farouchement aux décisions (et non-décisions) néfastes du gouvernement sur la sécurité, l’économie, etc. On aurait presque envie de rire... jaune.

Juste un mot sur ses propositions, délivrées au fil de meetings « thématiques ». Bien qu’elles soient en de nombreux points identiques à celles de son principal concurrent, il a réussit à leur donner un air de promesses électorales intenables, et permit ainsi aux socialistes de se positionner en gestionnaires plus sérieux et avisés (cf. leurs critiques, justifiées, du programme de baisse des impôts).

En adoptant des positions similaires à celles de Jospin (notamment sur l’Europe, la sécurité, etc.), Chirac compte visiblement réduire cette élection au choix entre deux personnalités. Grave erreur, à mon sens, de la part de ses conseillers, de miser sur le capital de sympathie de leur poulain en négligeant de prendre en compte son passif. Grave erreur, surtout, de traiter par le mépris les attentes des Français en matière de renouveau politique, économique et moral. « On prend les mêmes et on recommence » et « regardez comme les autres sont nuls » ne font pas un programme pour gagner. La majorité des Français attendent autre chose : un projet de société fondé sur des choix clairs et des valeurs vécues. Quelles valeurs le President-candidat incarne-t-il ? Qui osera croire que Chirac tiendra ses engagements de 2002 ?

Enfin, au lieu de créer les conditions d’un rassemblement (pas évident, mais pas impossible) autour de sa candidature au deuxième tour, Chirac fait jeu d’ignorer qu’il y a un premier tour. Les limiers du RPR inquiètent les candidats de droite qui osent se présenter « contre lui » le 21 Avril, en faisant notamment pression sur les élus susceptibles de les parrainer. En faisant l’impasse sur les erreurs du septennat qui s’achève et en abandonnant la rédaction de son programme aux chantres de la pensée unique qu’il fustigeait il y a encore peu de temps, le candidat probable du deuxième tour les oblige à durcir leurs discours, à mettre en relief ses propres défauts et incohérences. Je vois mal Le Pen, Madelin et Pasqua soutenir activement Chirac après le 21 Avril, au risque de se contredire violemment du jour au lendemain.

Dans la situation actuelle, il y aura donc d’énormes perditions de voix à droite au deuxième tour, si Chirac se retrouve face à Jospin. Au point, a mon avis, de donner la victoire a Jospin malgré son différentiel de sex-appeal. Je suis persuadé que nombre de « souverainistes » de droite qui auront voté Chevènement ou Le Pen au premier tour, s’abstiendront de voter le 5 Mai, ou bien voteront blanc, ce qui revient au même. Certains, assurément, préféreront voter Jospin que redonner un chèque en blanc à Chirac. Bien que je comprenne ses raisons, je regrette que Philippe de Villiers ne se présente pas pour défendre, à droite, l’idée d’une Europe plus démocratique des Etats-Nations, face au projet de construction forcée, et donc vouée à l’échec, d’une nation européenne et d’un super-Etat fédéral, auquel Chirac, Jospin, Madelin et Bayrou sont tous favorables.

Revenons un instant sur le cas Le Pen. On aurait pu penser, à la suite de la rupture FN-MNR, que sa carrière politique était derrière lui. Qui plus est, son discours « sécuritaire » ayant été adopté par la droite comme par la gauche depuis les événements du 11 septembre, on aurait pu croire son fond de commerce dilapidé. Or, les sondages le pressentent comme le quatrième homme de cette élection. De fait, je ne serai pas surpris que Le Pen réitère, voire dépasse, son score de 1995. Pourquoi ? Est-ce parce que 15% ou plus de nos compatriotes sont de fieffés racistes, comme veux nous le faire croire la gauche depuis 20 ans (la gauche qui n’a toujours pas fait « repentance » de son soutien inconditionnel aux régimes totalitaires et génocidaires d’URSS, du Vietnam et d’ailleurs), et comme semble le penser notre Président-candidat ? Bien sur que non ! C’est plus sûrement par rejet d’une droite corrompue par le pouvoir, qui a perdu ses repères et a laissé ses valeurs se diluer dans l’air du temps soixante-huitard.

Quoi qu’il en soit, le spectacle que donnent les deux candidats principaux et leurs troupes à l’occasion de cette campagne présidentielle est bien affligeant. Coups bas, surenchère de propositions démagogiques, petites phrases, il n’y a pas de débat d’idées, pas de discussions autour de projets de société bien définis. En tout cas pas vu d’ici. Pas étonnant que les Français se désintéressent de la campagne. Les seuls candidats en lice qui ont quelque chose à dire, à mon sens, sont Chevènement et Boutin. Et peut être aussi Blanc, bien qu’il ne soit pas vraiment candidat.

Je me méfie des réflexes « étatistes » du Che, mais je salue la pertinence de ses critiques contre Chirac et Jospin et suis d’accord dans les grandes lignes avec son projet européen. A creuser. Quant à Christine Boutin, je lui suis gré de mettre en avant le respect de la personne humaine comme moteur de toute action et décision politique. Voila des choix clairs, voila une démarche libre et courageuse. A creuser aussi. Concernant Blanc, je voudrais vous inviter à signer son « Appel des Français », que je trouve plein de bon sens et utile.

Dans les semaines à venir, je projette de formuler une série de questions clés que j’entends poser à chacun des candidats du deuxième tour (sous forme d’un email ou courrier traditionnel). Si vous souhaitez contribuer à cette démarche, n’hésitez pas à m’envoyer vos idées par email. Je posterai le tout sur ce site bien entendu. D’une manière générale, je serai heureux de lire vos réactions, de savoir comment vous voyez les choses. Alors, n’hésitez pas !

Stéphane

10 février 2002

Suggestion aux autres (et nombreux) candidats de droite

Le Che, non pas le Chi, contre Jospin ?

La semaine passée a vu la poursuite de la progression de Chevènement dans les sondages. Le triple démissionnaire de la République semble désormais le mieux placé pour incarner le troisième homme de l’élection présidentielle. Il faut toujours se méfier des sondages, en particulier à trois mois de l’échéance et alors que les deux candidats principaux ne sont pas encore entrés en campagne. Certains oiseaux de mauvais augures nous présentent un 2ème tour Chevènement-Jospin comme une réelle possibilité. Herve de Charrette a raison de sonner le tocsin, mais que nous propose-t-il pour éviter une telle catastrophe ? Pas grand-chose malheureusement, même pas de voter pour le candidat du parti dont il est le Président délégué ! Pauvre Bayrou… si même dans son camp il n’arrive pas à convaincre, comment peut-il espérer convaincre la majorité des Français ?

Chirac baisse dans les sondages, en particulier depuis l’annonce du retour – providentiel pour la gauche et par conséquent suspect – de Schuller en métropole. Que l’affaire sulfureuse du financement du RPR refasse ainsi surface a fait perdre leur sang froid aux amis du « Président-bientôt-candidat-mais-c’est-lui-qui-decide-quand-il-le-dira ». Je remarque au passage que l’on prépare l’opinion, par sacro-saints sondages interposés, au retour aux commandes de l’ineffable « Juppé-droit-dans-ses-bottes ». Incroyable… S’ajoute a cela la négation encore plus inouïe des rencontres avec Le Pen en 1995. Chirac vient malencontreusement de laisser entrevoir aux Français qu’il les prend pour des imbéciles ! Il est urgent qu’il se reprenne, au risque de donner raison a Monsieur de Charrette.

La montée dans les sondages de Jospin et Chevènement est une aubaine pour la bande a Chichi. Elle va leur permettre, dans les semaines a venir, de faire du Président sortant l’homme providentiel dont la France a besoin, le seul vraiment capable de nous éviter une autre décennie gauchiste, etc. Voire… S’il est réélu, ce qui est loin d’être gagné, comment être certain que Chirac ne fera pas une politique de gauche, ou ne facilitera pas le retour de la gauche au pouvoir ? Loin de tout esprit polémique, je crois la question légitime. Comme a dit en substance Christine Boutin récemment : le problème avec Chirac s’est qu’on ne sait pas très bien ou il nous emmène, et qu’on se demande même s’il le sait lui-même.

Un troisième homme, un vrai

Il me parait donc stratégiquement important qu’émerge un « troisième homme » a droite, un candidat capable de se positionner en alternative à la fois à Jospin, Chevènement et Chirac. Mais qui ?

Bayrou et Madelin, pourtant portés par deux formations politiques importantes à l’Assemblée, ne me semblent pas en mesure de jouer ce rôle. Bayrou pour les raisons évoquées plus haut. Madelin parce que son discours libéral est trop radical, il fait peur. En se présentant tous les deux, ces ténors de l’ex-UDF giscardienne se neutralisent l’un et l’autre.

Malgré la sympathie que je leur porte, je ne crois pas que Christine Boutin et Philippe de Villiers puissent espérer rassembler largement les déçus du chiraquisme qui veulent croire qu’il est encore possible de rompre avec le socialisme. Problème d’image…

La bonhomie provençale de Pasqua nous l’a rendu longtemps sympathique, mais je ne suis pas sur que beaucoup de Français oseront faire confiance a quelqu’un dont l’honnêteté est si contestée.

Restent Le Pen et Maigret, qui eux aussi se neutralisent mutuellement. Marqués « danger, extrêmistes » grâce à l’ostracisme de la droite depuis 1981, ils sont peu crédibles en rassembleurs des candidats et électeurs de droite qui renâclent à signer un deuxième cheque en blanc à Chirac, ou comme gouvernants.

Certains regrettent sans doute Balladur, mais l’intéressé, qui a appris sa leçon il y a 7 ans, soutien publiquement désormais son « ami » de 20 ans. D’autres, j’en suis sur, se disent que VGE n’est pas si vieux… mais restons sérieux.

Si je fais l’impasse sur Saint Josse (j’ai appris son existence la semaine dernière…), il reste Christian Blanc. Je ne le connais pas très bien, comme la plupart j’imagine, mais il a plusieurs caractéristiques qui me semblent intéressantes :
  1. il est nouveau dans le paysage politique, mais pas tout a fait inconnu du public ;
  2. ce n’est pas un professionnel de la politique, donc difficilement soupçonnable de se présenter pour préserver je ne sais quel avantage (comme l’immunité…) ;
  3. il a l’expérience du terrain, le réalisme du chef d’entreprise et des qualités indéniables de leadership ;
  4. son discours est compatible dans les grandes lignes avec ceux des candidats évoqués il y a un instant.

Message aux candidats de droite

Blanc ferait un Premier Ministre idéal pour un Président décidé à remettre la France sur les rails de la modernité. La conduite des affaires de l’Etat, et notamment sa réforme, est une tache toute trouvée pour cet entrepreneur prêt à relever les défis les plus audacieux. En l’occurrence néanmoins, je pense qu’il serait souhaitable que Christian Blanc se présente à la Présidence de la République. Et je suggère qu’il le fasse avec le soutien de la plupart des « autres » candidats de droite. Je lance donc un appel a Madame Boutin, Messieurs Bayrou, Madelin, Villiers, Pasqua, Maigret et Le Pen, afin qu’ils retirent leur candidature et fassent campagne pour soutenir celle de Christian Blanc. Pour que les Français aient vraiment le choix. Pour sortir la France de cette situation ubuesque.

Choquant ? Bien sur… et même difficile a avaler pour les candidats en question. Mais pas forcement idiot. Malgré des différences, les programmes de ces messieurs et de cette dame sont loin d’être incompatibles. Même sur la question de l’Europe, je suis sur qu’il y a moyen de trouver un terrain d’entente, de fixer des objectifs et une stratégie qui satisfasse tout le monde, si l’on est prêt toutefois a regarder la réalité en face et a dépasser le niveau de la rhétorique. Sur l’Europe comme sur le reste, c’est le bon sens qui doit l’emporter, et qui l’emportera a terme. On en reparlera peut être.

Vous pensez ces candidats trop différents, trop éloignés les uns des autres ? Regardez les ralliés à Chevènement… une vraie auberge espagnole. Dans le cas présent, il s’agit de candidats de droite, qui devraient partager plus facilement un certain nombre de valeurs communes que les radicaux, trostkistes et anciens conseillers de Pasqua qui forment l’escorte du « Che ».

Vous pensez que la plupart sont trop ambitieux pour renoncer à tenter leur propre chance ? C’est possible, mais au rythme ou vont les choses, la plupart finiront avec une ardoise de campagne non remboursée par l’Etat, n’auront pas gagné grand-chose au passage, voire auront ruiné leur avenir politique. J’ose espérer que certains d’entre eux, s’il ne l’ont pas déjà fait, réfléchiront à cette éventualité et auront suffisamment d’abnégation et le sens du service public pour envisager sérieusement une telle démarche.

Encore une fois, je ne connais pas grand-chose de Christian Blanc. Aussi, ma proposition apparaîtra-t-elle sans doute incongrue a ceux d’entre vous qui sont mieux informés que moi. Si vous pensez un autre candidat capable de porter le flambeau de l’alternative à l’immobilisme et de rassembler les candidats et électeurs de droite qui ont mal avalé le septennat Chirac, n’hésitez pas…

Stéphane